Au cours de nos récentes recherches sur un pilote italien qui avait rejoint l’escadrille « España », rebaptisée par la suite « Malraux », nous avons également découvert une piste qui nous a menés à un autre aviateur, Jean Ferak, d’origine tchèque, qui s’est engagé lors de la deuxième phase, lorsque les mercenaires ont été remplacés par des volontaires. Retraçons son parcours.
Jean Ferak[i] est né le 8 juillet 1913 à Ústí nad Vltavou, une petite localité proche de Brno, qui faisait alors partie de l’Empire austro-hongrois avant d’être intégrée à la Tchécoslovaquie en 1918. Fils d’un forgeron, il s’est très tôt distingué par son intérêt pour la mécanique, ce qui, à terme, l’a conduit vers l’aviation.
Il obtint son diplôme en 1933 à l’École de l’armée de l’air de Prostějov et fut affecté comme pilote de chasse au 1er régiment aérien de Prague. Nommé sergent en 1935, il passa en réserve en mars 1936 à sa demande, ne se sentant pas à l’aise à ce poste. Dès lors, il chercha du travail en tant que pilote civil.
Son arrivée dans l’escadrille Malraux n’est pas exempte de hasards dignes d’un roman. Ayant eu vent d’un poste éventuel de pilote de transport au Brésil, il se rend à Paris pour prendre contact avec l’ambassade brésilienne. Pendant son séjour dans la capitale sur la Seine, il assiste par hasard à une manifestation en faveur de l’envoi d’armes au gouvernement de la République espagnole, ce qui était interdit par la politique de non-intervention. Lors de cet événement, il fit la connaissance d’un pilote français (ou s’agissait-il de Malraux lui-même ?) qui le convainquit de rejoindre la cause espagnole.
Il arriva en Espagne début octobre 1938 et fut admis au sein des F.A.R.E. au grade d’enseigne. Au cours de cette période, il fut également connu sous les noms de José Ferco et « Kozek ». Il fut affecté à la défense de Madrid depuis la base de Barajas en tant que pilote de chasse. On lui attribue, début novembre, la destruction de deux avions Fiat CR32 et d’un He 51.
C’est en décembre qu’il intègre l’escadrille Malraux, basée à La Señera (Chiva)[ii]. Certaines sources le situent à Almería, lors des combats pour Málaga, au cours desquels il aurait été abattu une nouvelle fois, peut-être avant l’opération de protection de La Desbandá. En effet, son Potez D n’était toujours pas réparé en février 1937 et il rejoignit ensuite le groupe Potez de l’aviation régulière républicaine (voir sa fiche).

À l’issue de son passage au sein de l’escadrille Malraux, Ferak se rendit en Catalogne, d’abord à Barcelone puis à Lérida, opérant principalement dans les environs de Saragosse et dans les îles Baléares. C’est dans ce contexte que Ferak vécut un événement marquant de l’histoire : le 31 mai 1937[iii], aux commandes d’un Potez 540, D, avec deux autres Tchèques comme mitrailleurs, il largua sur Palma de Majorque deux bombes de 250 kg et trente de 10 kg, faisant dix morts et une trentaine de blessés. Au retour, il fut attaqué par trois Fiat CR32 et le bombardier s’écrasa dans le sud-ouest de l’île ; Ferak fut le seul survivant et pris en otage.
Mais les aventures de ce pilote ne s’arrêtent pas là[iv]. Après trois semaines à l’hôpital, il fut incarcéré et interrogé au château de Bellver. N’étant pas espagnol, il fut transféré dans une prison de Berlin. Finalement, Ferak, qui avait déjà le grade de capitaine, fut échangé le 19 août 1937 à Saint-Sébastien contre un pilote franquiste. Ferak réintégra alors les F.A.R.E. pour effectuer des missions de transport d’avions nouvellement livrés ou réparés, jusqu’à ce qu’en décembre 1937, il reprenne le combat sur le front de Teruel. Le 19 février 1938 (date incertaine), aux commandes d’un I-16 (« mosca »), il abattit un avion rebelle et fut à son tour abattu. C’est là que sa trace disparaît en Espagne et qu’il réapparaît à Prague, où il reste jusqu’à l’occupation nazie de février 1939, moment où il demande l’asile en URSS. Il y travaille comme tourneur à Moscou et dans d’autres villes soviétiques. Il réintégra l’aviation de combat en 1942, bien qu’au grade de caporal, puis tenta de se rendre en Grande-Bretagne pour rejoindre les aviateurs tchèques qui combattaient depuis ce pays. Mais, malheureusement, le croiseur léger HMS Trinidad qui les transportait fut attaqué par un Junkers JU 88, qui le coula, entraînant la mort de notre Jean Ferak. La mer de Barents, près du Cap Nord, fut la dernière demeure de cet aviateur de l’escadrille Malraux. Le 31 août 1942, le président tchèque décerna à Jean Ferak, à titre posthume, la Croix de guerre tchécoslovaque de 1939, pour « ses actes remarquables et couronnés de succès, au cours desquels il a sacrifié sa vie au service de la patrie »[iv].
Qu’il repose en paix.
NOTES :
Images et données biographiques dans : RAJLICH, Jiří et MAJTENYI, David. « Jan Ferak : as de l’aviation républicaine. Mythes et réalités ». Revista española de Historia Militar, n.º 135, 2012, pp. 61-73.
[i] Biographie assez complète sur : https://www.fronta.cz/interbrigadista-jan-ferak
[ii] https://www.visorhistoria.com/la-senera-los-ultimos-meses/
[iii] https://manuelaguilerapovedano.wordpress.com/2017/07/20/el-heroe-republicano-que-mato-a-tres-hermanas-en-mallorca/
[iv] De sérieux doutes pèsent sur certains épisodes de sa carrière, notamment sur les péripéties décrites dans son autobiographie, publiée dans la revue Ahoj en 1938. (Revista española de Historia Militar, 135, 2012, p. 68)
