Grâce à la précieuse collaboration de notre ami Sergio Romero, nous continuons à reconstituer les séquences de la Sierra de Teruel qui n’ont pas été incluses dans le montage final.
Parmi ces 11 séquences « omises » (il convient de noter que deux séquences qui ne figuraient pas dans le scénario initial ont été ajoutées : la XXIVbis et la XXXIXbis, dont nous ne parlerons pas ici), le groupe principal est constitué de celles qui nous montrent les paysans de Linás se préparant à se défendre contre les troupes rebelles qui les attaquent, ainsi que l’affrontement proprement dit entre les deux groupes.
Dans les notes de tournage manuscrites de Malraux[i], antérieures à la rédaction du scénario final et portant encore le titre provisoire de « Sang de gauche », l’ensemble est divisé en trois parties, et la partie II comprend les péripéties du siège de Linás, parmi lesquelles il était déjà prévu d’inclure l’épisode de la cloche. Dans un encadré de la même page, sont indiquées les sections qui, en juin 1938, étaient en possession du scénariste technique Boris Peskine, et parmi lesquelles ne figurent pas celles numérotées de 12 à 22, l’épisode de la cloche étant le 16. Peut-être une raison de plus pour laquelle il n’a pas été tourné. Il convient également de noter que cet épisode concernant la dynamite et ses conteneurs n’apparaît pas dans le roman L’espoir qui précède le film[ii].
Mais il est curieux de noter qu’après une relecture attentive du roman, une cloche apparaît bel et bien, dans le village de Linares, où s’est rassemblée la délégation qui se rendra à Valdelinares pour secourir les aviateurs de l’avion abattu. Je le cite ici tant cela est curieux[iii] : Les muletiers, assis dans la cour de l’auberge, les charrettes disposées en demi-cercle autour d’eux, mangeaient autour de la marmite, une énorme cloche retournée, où l’huile bouillait et où la suie cachait l’inscription. Au-dessus de la porte : 1614.
C’est pourquoi nous vous présentons aujourd’hui une vidéo (en espagnol), avec tout le respect dû et sans vouloir corriger la version originale, mais simplement pour faire découvrir au spectateur les parties inconnues du scénario, la séquence XVI, dans laquelle les habitants de Linás s’emparent de la cloche de l’église pour la remplir de dynamite. Elle peut être considérée comme la suite de celle qui a bien été filmée, dans laquelle González collecte des récipients auprès de la population (séquence XIV), et de celle également reconstituée par Sergio Romero, la XV, que nous avons diffusée en avril et dans laquelle on recueille des cloches d’un troupeau de vaches, dans le même but de les remplir de dynamite.
Le scénario le situe ainsi[iv] : Le clocher et la place de Linás sont reliés à la séquence précédente par un court fondu. Le lecteur peut suivre l’intégralité des indications dans la voix off de la vidéo.
NOTES
[i] Catalogue de l’exposition « André Malraux -La tentation du cinéma ». Strasbourg. Bibliothèque Nationale Universitaire. Page 69
[ii] MICHALCZYK, John J. (1977) André Malraux’s Espoir : The propaganda/art film and the Spanish civil war. University of Mississippi. Página 40
[iii] MALRAUX, André (1996) L’espoir. Paris, Gallimard. Page 562
[iv] MALRAUX, André (1968) Sierra de Teruel. México, Ed. Era. Página 62