Surprise ! Un article de Max Aub (1903-1972) six ans après sa mort ![i] J’admire Max, mais je ne le vois pas remporter des victoires posthumes comme El Cid. Cela dit, à la lecture du texte qui suit, il apparaît clairement qu’il s’agit en grande partie d’une reproduction de la préface que Max Aub avait rédigée pour l’édition mexicaine de *Sierra de Teruel*[ii] , à l’exception des premiers paragraphes, qui induisent en erreur puisqu’ils ne portent aucune signature. Mais d’abord, une autre découverte a été faite au cours des investigations.
UNE/DEUX DATES DE SORTIE : L’article nous amène également à enquêter sur la date de sortie du film en Espagne. Deux dates sont avancées : celle mentionnée dans un article de Santos Zunzúnegui[iii] , qui situe la première à la Fondation Miró le 28 janvier 1977, et celle qui semble être indiquée dans l’article posthume d’Aub publié dans Triunfo et dont nous parlons ici[iv] , en 1978 (selon FilmAffinity[v] et d’autres sources[vi] ). On peut donc considérer comme acquis qu’une projection a eu lieu à la Fondation Miró de Barcelone en 1977 (en dehors des circuits commerciaux), et que le film est sorti à Madrid à l’été 1978, le 26 juin, dans le minuscule cinéma madrilène Pequeño Cinestudio[vii] , coïncidant peut-être avec la visite en Espagne du président français Giscard d’Estaing. Ce cinéma, fondé en 1977, existe encore aujourd’hui[viii] à Madrid (rue Magallanes, 1), conservant un niveau de sélection élevé et un public fidèle.
Voici le début de cet article.

Avec quarante ans de retard, le seul film réalisé par André Malraux voit enfin le jour sur nos écrans. Le projet d’adapter au cinéma *La Condition humaine*, proposé à plusieurs reprises par Eisenstein, Zinermann ou Jean Cau, est toujours resté inachevé. *L’Espoir*, cependant, ne présente pas seulement cet intérêt, mais celui de mettre en scène la rencontre d’une série d’hommes confrontés quotidiennement à la mort. Comme un prolongement du combat de la guerre qui se déroulait sur les terres espagnoles. *L’espoir* était (et reste) une invitation à poursuivre toute lutte menant à la libération de l’homme, d’où d’ailleurs son titre. « Les hommes unis à la fois par l’espoir et par l’action parviennent, comme les hommes unis par l’amour, à atteindre des sommets qu’ils n’atteindraient jamais seuls », selon les mots de Malraux.
Max Aub, collaborateur de Malraux, va décrire ci-après les coulisses du tournage dans une splendide préface qu’il a rédigée pour l’édition du scénario cinématographique. Scénario qui n’est qu’une modeste approche de l’un des films les plus passionnants jamais tournés sur la guerre civile espagnole. « L’espoir » se voulait, à la fois une chronique de la lutte quotidienne et une proposition d’aide aux spectateurs d’autres pays qui voyaient dans la guerre qui se déroulait en Espagne une solution définitive aux conflits de classe répandus à travers le monde. Il a toutefois fallu trop d’années pour que « L’espoir » sorte aux États-Unis, et il n’a été projeté en France qu’une fois le conflit armé définitivement terminé. « L’espoir » reste ainsi aujourd’hui un souhait romantique de plus visant à soutenir cette guerre dont l’issue a déterminé la suite de l’Histoire dans le reste du monde.
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« Au cours de l’hiver 1936, à Valence, j’avais souvent rencontré André Malraux : son escadrille se trouvait à proximité de la ville. Malraux est un homme qui vit toujours absorbé par une passion ; je l’ai connu à l’époque où il s’intéressait à l’Orient, puis à Dostoïevski et à Faulkner, ensuite à la fraternité des ouvriers et à la révolution. À Valence, il ne pensait qu’aux bombardements des positions ennemies et ne parlait que de cela ; lorsque j’abordais un sujet littéraire, il se taisait tandis que son tic nerveux s’accentuait. Les volontaires français ne disposaient que de quelques vieux avions en mauvais état, mais tant que les républicains n’eurent pas reçu d’appareils soviétiques, l’escadrille commandée par Malraux leur fut d’une grande aide. Il m’a raconté un jour un épisode qu’il a ensuite décrit dans son roman *L’espoir* et qui lui a servi de scénario pour un film qu’il a tourné en Espagne. Après s’être échappé de la zone fasciste, un paysan s’est présenté et a déclaré qu’il leur montrerait où se trouvait un aérodrome ennemi. Les Français emmenèrent le paysan avec eux, mais, vu d’en haut, l’homme ne parvint pas à reconnaître l’endroit. Le pilote fut contraint de voler à basse altitude ; ils bombardèrent l’aérodrome, mais l’ennemi tira sur l’avion et blessa gravement le mécanicien. Pour Malraux, à Valence, il ne s’agissait pas d’un sujet littéraire, mais de la réalité quotidienne du combat : « il se battait ». C’est ainsi qu’Ilia Ehrenburg, dans le quatrième tome de ses Mémoires, en s’en tenant aux faits, raconte l’événement qui a inspiré le roman et le film.
C’est aussi par hasard – qui, du moins, tisse les contours de l’histoire – que je suis retombé sur les paroles que j’avais adressées à tous ceux – acteurs, ouvriers, techniciens – qui allaient participer au tournage que nous avons commencé le 20 juillet 1938, dans les studios de Montjuich.
« Je ne veux pas savoir ce qu’a été le cinéma espagnol jusqu’à aujourd’hui et personne ne peut deviner son avenir – ai-je dit, en substance. Nous allons tourner un film et nous avons jugé opportun, nécessaire, de réunir ceux d’entre vous qui allez le réaliser, afin de vous expliquer pourquoi nous avons sollicité votre collaboration. Au fond, il n’y a pas d’autre raison que celle qui anime la partie du monde qui se bat contre celle qui oblige à l’esclavage. Tout travail, en soi, est similaire : seule sa finalité le différencie.
« Tous les Espagnols travaillent pour gagner la guerre ; tout travail qui n’a pas cette finalité n’est pas du travail. « Nous pouvons renoncer à tout – a dit Durruti – sauf à la victoire. » Quels sont les liens entre notre travail et la victoire ?

« Vous avez tous entendu parler de la « loi sur la neutralité américaine » et de l’amendement Nye qui permettrait l’envoi de matériel de guerre. Cet amendement sera à nouveau débattu au Parlement américain au mois de janvier prochain. S’il était adopté, la République espagnole pourrait s’approvisionner en armement. Vous savez que rien n’est plus urgent. Aujourd’hui, l’opinion publique est partout une force considérable ; elle l’est d’autant plus en Amérique. Et on a proposé à André Malraux une tournée dans 1 800 salles de cinéma pour un film qu’il réalisera. 1 800 cinémas, avec une moyenne de 2 000 entrées par jour, cela représente 3,6 millions de spectateurs. C’est le nombre de citoyens américains qui pourront voir chaque jour l’œuvre que nous allons réaliser, que ce soit dans cette version ou dans une autre, en anglais. Nous ne pensons pas que l’amendement Nye soit adopté uniquement pour cette raison, mais il ne fait aucun doute qu’un grand film peut avoir une grande influence sur l’opinion publique américaine. » /Suite…)
NOTES:
[i] REVUE TRIUNFO, n° 805. ANNÉE XXXII, 1er juillet 1978, pages 46-49
[ii] MALRAUX, André (1968) Sierra de Teruel. Mexico, Éd. Era. Pages 7-14
[iii] https://www.tabakalera.eus/es/sierra-de-teruel-espoir-andre-malraux-francia-1939-88/ (Note 8)
[iv]https://www.triunfodigital.com/mostradorn.php?anyo=XXXII&num=805&imagen=46&fecha=1978-07-01
[v] https://www.filmaffinity.com/es/film716409.html
[vi] https://elbulevardeloscapuchinos.blogspot.com/2016/03/sierra-de-teruel-espoir-andre-malraux.html

