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DÉCEMBRE 1938 – La situation s’aggrave.

Publicada el 7 febrero, 202611 febrero, 2026

La véritable histoire du tournage de Sierra de Teruel.4.5.- DÉCEMBRE -1 

4.5.1.- Les comités. 1

4.5.2.- Avec de la dynamite, c’est possible. 4

4.5.3.- Les deux meneurs. 7

4.5.1.- Les comités.

La situation devient de plus en plus chaotique. Peña a disparu tandis que Mejuto attend chaque jour les appels de l’Armée de l’Est, où a abouti son ancienne 72e division du commandant Enciso, aujourd’hui décédé[i] ,  après avoir été décimée en mars. Les bombardements constants sont également préoccupants, mais comme il a été décidé de tourner en intérieur et souvent de nuit, cet inconvénient est presque devenu une routine.

Malraux s’inquiète également pour Josette. Les jours où elle l’accompagne au Commissariat de la Propagande ou aux studios Orphea, elle se remonte le moral, discute avec Elvira ou Zoé, et elle est même allée prendre un verre avec Mari Luz Morales. Mais les jours où, à cause des alertes, elle est restée à l’hôtel, son découragement et son pessimisme ont augmenté. Le couple envisage de s’échapper à Paris, sans date précise, en attendant la suite des événements.

Pour le tournage, ils considèrent pratiquement comme perdues les prises de vue de l’avion qui vient de s’écraser dans la neige. Ils ne peuvent pas se rendre dans les Pyrénées car il n’y a ni essence ni moyen de transport disponible pour déplacer la douzaine de personnes nécessaires, et encore moins les débris d’un avion, qu’il s’agisse ou non d’un Potez. Peut-être en France, suggère Aub, en essayant de ne pas laisser transparaître son impression qu’ils finiront tôt ou tard là-bas pendant que Franco entrera à Barcelone.

Comme la situation empire de minute en minute, ils ont profité du peu de carburant disponible pour se rendre le lundi 5 décembre au bord du fleuve Llobregat et tourner depuis l’intérieur du funiculaire aérien qui mène au monastère de Montserrat. Sur les conseils de Berenguer, chaque jour plus à sa place, ils ont répété l’opération pendant deux trajets. Après la deuxième montée, ils sont entrés dans le monastère, mais ils n’ont pas été bien accueillis. À l’infirmerie, l’épouse du commissaire Gerhard[ii] est à l’agonie ; elle mourra deux jours plus tard.

Altolaguirre n’est pas là non plus. Ils décident donc de descendre en téléphérique et de se rendre en camionnette à Collbató où les souvenirs égayent leur journée. Josette est allée voir la petite fille à qui on avait demandé de ramasser ses jambes au passage du cercueil de Saïdi. Malraux a salué les vieilles femmes qui ont permis un travelling qui sera l’un des meilleurs moments du film. Pendant ce temps, Berenguer et son assistant Piquer, après avoir pris quelques panoramiques de la montagne — qui serviront à quelque chose—, ont déniché un lapin en sauce qui a régalé tout le groupe.

Deux jours plus tard, il est toujours impossible de réunir les acteurs qui incarnent les aviateurs, en raison de l’absence de Peña et de la peur de plus en plus grande de Pedro Codina de se déplacer de Lloret à Barcelone. Il est donc décidé de continuer et de terminer dès maintenant les séquences du comité de Linás. Lado est très bien disposé à l’égard de la tâche, tout comme José Telmo et certains des figurants qui ont participé au tournage à Tarragone ; ces derniers ne coupent pas leurs liens avec le tournage car cela les protège d’éventuelles rafles.

L’activité au Pueblo Español a quelque peu diminué, et Aub a réussi à obtenir qu’on leur prête une salle spacieuse dans la reproduction de la mairie de Valderrobres. Le fait que l’on puisse voir depuis ses fenêtres les maisons rustiques de la Plaza Mayor évitera d’avoir recours à un rétroprojecteur. On essaiera, pour une fois, de suivre l’ordre des séquences dans la mesure du possible. Pour les deux premières (XII et XIII), en plus de Lado et Telmo, il faudra quelques acteurs secondaires qui devront jouer le rôle de Gustavo, le président du Comité de Linás et le maître, en plus de celui qui a déjà collaboré avec Lado dans le rôle de Pío lorsqu’ils ont tourné pour la première fois au Pueblo Español la séquence de la taverne.

Trois tables en demi-cercle, avec le président au centre et divers figurants assis à ses côtés, dont Pío. Quelques autres sont debout. La caméra est placée au fond. José, le paysan qui a découvert un aérodrome rebelle, frappe violemment du poing sur la table, refusant de révéler publiquement son emplacement. Au même moment, Gustavo entre, chargé des blessés du siège que subit le village, de plus en plus intense. Le maître d’école propose l’école comme lieu d’accueil. La discussion entre le président et José se poursuit ; Pío intervient :

— José a raison, nous en avons assez parlé…

Face à l’obstination de José, un groupe se lève. Le président suggère que pour passer les lignes, ils doivent être nombreux, ce à quoi José renonce. Seul Pío l’accompagnera.

En théorie, il s’agit d’à peine deux minutes de tournage, quelques plans généraux et quelques plans moyens de José, Pío ou le président. Un travelling circulaire accompagnera le groupe indiqué par le président jusqu’à la salle voisine. Là, le paysan refuse un pistolet en montrant un couteau.

— Non merci. C’est bon comme ça.

Cependant, cela a pris toute la journée. La douzaine et demie de figurants a considérablement compliqué le tournage. Certaines prises, malgré plusieurs répétitions, ne serviront pas dans le montage final, comme le commentaire du troisième paysan qui, voyant le pistolet refusé, dira avec pessimisme : « J’aurais dû le prendre… Pour ce que ça peut nous servir… ».

Le soir, au Ritz, Josette attend André avec impatience. Elle tient un télégramme à la main : son amie Suzanne lui annonce que des amis les ont invitées à un concert au Puy. Une occasion unique de respirer l’air pur, de ne plus entendre les alarmes stridentes, de vivre.

André n’est pas d’humeur. Il n’a pas l’argent dont Josette aura besoin. Elle est incapable d’assister à un événement public sans une robe neuve. Sans parler du coiffeur, des accessoires et des billets d’avion.

Une semaine plus tard, la compagne de Malraux répondra à son amie[iii] : « J’ai demandé à André combien je pouvais dépenser pour cela. Il m’a répondu : rien. Vous comprendrez qu’au Puy, sans argent dans les poches, sans coiffeur… Je me suis calmée et j’écris cette lettre qu’elle n’aimera pas recevoir et que je termine tristement ». Peut-être en janvier. Elle continuera d’insister. Ou peut-être que son amie viendra à Barcelone, malgré le danger et la pénurie.

EN SAVOIR + :

Linás assiégé.

4.5.2.- Avec de la dynamite, c’est possible.

Au cours des jours suivants, ils disposeront des mêmes figurants que pendant le tournage dans la rue Santa Ana, il y a ce qui semble être des siècles : des volontaires de la ville venant en aide à la population assiégée. Cela assure la continuité entre les séquences XII et XIII, dans lesquelles — José et Pío étant déjà partis—, González arrivera avec des armes et des caisses de dynamite, expédition qui se reflète dans la sortie de la ville des séquences IX et X. José Telmo entre pleinement dans son rôle. Il a perdu un peu de son austérité initiale pendant le tournage dans la droguerie[iv] . Il assume son rôle de dynamiteur.

La situation à Barcelone est chaotique, malgré quelques tentatives pour pacifier, au moins, la politique intérieure. Le 8, Companys a invité Negrín à déjeuner, en compagnie des responsables financiers des deux entités : Méndez Aspe pour la République et Tarradellas pour la Generalitat. Aucun d’entre eux n’en fera mention, mais chacun est préoccupé par l’idée que cette région tombe aux mains des rebelles et, avec elle, le sort des fonds existants. Les envoyer à Madrid pour poursuivre la résistance serait suicidaire, mais leur transfert vers la France ne sera pas facile non plus, surtout s’il est décidé séparément. Quoi qu’il en soit, la presse vend l’idée d’une certaine concorde[v] . Une autre action dans le même sens a été le voyage de parlementaires catalans à Madrid, porteurs d’une lettre de Companys lui-même[vi] au maire de cette ville, M. Henche. Miravitlles les accompagne. Mais tout n’est pas si paisible. Miravitlles, peut-être agacé par la tendance d’Aub à rechercher le soutien des autorités républicaines plutôt que catalanes, est de plus en plus distant.

Dans la salle de la reproduction de la mairie de Valderrobres, sur la Plaza Mayor du Pueblo Español, avec le même matériel que la semaine précédente et quelques figurants supplémentaires, certains recrutés au syndicat du spectacle et d’autres parmi les réfugiés du stade de Montjuïc, on tourne l’arrivée de González avec le peu de matériel disponible. Excités, debout au centre de la pièce,

PRÉSIDENT : Combien de fusils ?

GONZÁLEZ : Deux cents kilos de dynamite. Et nos troupes ont atteint le fleuve.

PRÉSIDENT : Combien de fusils ?

Les visages s’assombrissent. La conversation se poursuit jusqu’à ce que le président du Comité de Linás s’adresse aux personnes présentes :

PRÉSIDENT : Ils n’ont pas de fusils. Nous et ceux qui n’ont pas de famille résisterons dans le défilé autant que possible, avec nos fusils de chasse. Nous ne pouvons pas faire plus.

La pénurie de matériel, l’étranglement auquel la non-intervention soumet la République légitime. Et l’héroïsme du peuple qui, malgré tout, continue de résister au-delà de toute logique militaire.

Malraux et Aub regardent la scène avec satisfaction. Berenguer fait du bon travail, comme en témoignent les premières bobines de son époque de caméraman qui sont arrivées développées de Paris, et les acteurs s’y intéressent, à l’exception de ce malheureux Peña, le « beau gosse ». La séquence se présente bien, même s’il manque encore les extérieurs, deux dans ce cas précis : l’arrivée des volontaires de la ville en voiture et la vision des blessés transportés sur des civières vers l’école du village. Ils vont repousser le tournage, peut-être à demain, peut-être à après-demain, jusqu’à ce que les événements s’accélèrent et qu’ils doivent les tourner en France.

L’acteur qui incarne Gustavo évoque la difficulté de transporter les blessés sur le talus de la colline. González lui demande si la montée est difficile. Oui, répond le villageois.

GONZÁLEZ : Ne vous inquiétez pas pour l’instant. Nous ne sommes pas encore enterrés. Ceux du pont non plus.

Il ordonnera de convoquer tout le village pour qu’ils apportent autant de récipients que possible. Ils serviront à y placer la dynamite afin de pouvoir la lancer contre la cavalerie et les blindés franquistes.

Le résultat est bon, à l’exception de la déclamation hésitante de celui qui incarne le maître. Finalement, ils laisseront la scène telle quelle et la doubleront avant le montage. Deux jours fructueux, malgré l’obligation de tourner dans l’obscurité ou dans des intérieurs pas toujours adaptés.

Aub, qui depuis le départ de Denis Marion assume pratiquement tout le suivi du scénario en évitant qu’il y ait des lacunes à combler, indique à André :

— Maintenant que nous sommes dans les intérieurs du Pueblo Español, nous pourrions tourner les visites que le commandant effectue dans plusieurs villages des environs pour demander des voitures qui puissent éclairer le décollage des avions.

— Des avions… – dit Malraux avec un sourire amer. Un Potez et à peine quelques minutes. Mais oui, tu as raison, même si sans Peña, ça va être difficile.

— Santpere peut le faire. Au moins une fois. Imaginons : ils sont fatigués, au bord de l’échec. Et si Attignies est dans la voiture et que seul le commandant entre dans les conseils municipaux ? À la limite, un autre personnage pourrait conduire la voiture. Essayons, André, essayons au moins une rencontre.

— D’accord. Mais il ne faut pas oublier la collecte des récipients. C’est un signe de solidarité de la part du village dont nous ne pouvons-nous passer.

Max en parle à Elvira, qui est venue à l’hôtel Majestic pour retaper une séquence du scénario d’[vii] , qui, comme tant d’autres, a subi des modifications de dernière minute en fonction des événements.

—Nous sommes à mi-chemin. D’un côté, nous tournons les intérieurs, ça encore, mais il reste des extérieurs clés qui ne pourront plus être tournés, du moins en Espagne. Où vais-je trouver des chars ou de la cavalerie pour les attaquer avec la dynamite de González ! Nous n’avons pas non plus tourné la scène où les habitants de Linás, poussés par celui-ci, jettent la cloche de l’église du haut pour la remplir de dynamite. J’ai regardé le clocher mudéjar d’Utebo, mais il n’y a pas de cloche et monter une pour ensuite la jeter… Je ne sais pas comment tout cela va finir. Mais nous ne pouvons pas continuer comme si de rien n’était, comme si nous n’étions pas bombardés, comme s’il ne nous manquait pas d’acteurs, comme si nous n’avions pas un seul avion dans un film sur les avions. Nous avons même du mal à trouver des paysans à El Prat, dans une œuvre qui parle des villages ruraux.

— As-tu essayé au stade ? Il y a là-bas des centaines de réfugiés de Malaga et d’ailleurs qui pourraient peut-être faire l’affaire. Bon, c’est une idée.

— C’est une excellente idea, Elvira. Nous avons cherché parmi les résidents du Pueblo Español, mais il est très difficile qu’ils nous les laissent. Bonne idée. Dès que je peux, j’irai y faire un tour. Et je m’arrêterai peut-être au château. Avec ses défenses, ça pourrait être un bon endroit pour tourner tranquillement, à condition de ne pas avoir besoin de son. Merci beaucoup, Elvira. Tu es formidable.

4.5.3.- Les deux meneurs.

Le bon travail non seulement de José Telmo, mais aussi des figurants, avec ou sans rôle, les a encouragés à tourner, il n’y a pas d’autre solution, davantage d’intérieurs. Cependant, l’absence de Julio Peña — dont le personnage, Attignies, accompagne son commandant dans les villages environnants pour solliciter le prêt de véhicules dont les phares doivent guider le décollage du Potez —, est un obstacle majeur.

Aub a suggéré de tourner au moins l’une des séquences (la XXXII) sans Peña. Face à la réticence de Malraux, il lui a dit :

— Bon, ils semblent très fatigués, alors comme c’est Attignies qui conduit, nous pouvons faire comme s’il était resté dehors, dans la voiture.

— Et où tournons-nous ? Avez-vous trouvé une salle qui puisse représenter la mairie de Torás ?[viii]

—En studio, nous avons plusieurs options. Berenguer les a vues et dites qu’avec le film Agfa, il n’y a pas de problème. Au Pueblo Español, voire dans un petit studio d’Orphea. Ou, si nous le souhaitons, au lieu d’aller chercher des habitants au Prat, nous pouvons nous y rendre et tourner dans une salle de l’Unió de Rabassaires. Ce ne sera pas un problème.

—Mais les extérieurs, oui. Nous ne pouvons pas montrer une succession d’images d’intérieur sans suggérer les déplacements que cela a dû impliquer.

— La nuit, en voiture, nous pouvons le faire au Pueblo Español. Quand les détenus dorment. On me l’a assuré.

Le Français ne tient pas vraiment compte des suggestions. Peña, voilà le vrai problème.  Aub le comprend, mais il ne veut pas se laisser décourager. Lundi, il pourra encore se procurer une voiture et il ira d’abord faire un tour au stade et au château de Montjuïc, puis il descendra la pente de la montagne jusqu’à El Prat de Llobregat. Il sait qu’il a fait bonne impression auprès des paysans, il pourra donc trouver un bon déjeuner.

Il règne un calme tendu[ix] . Avec la chute de l’Ebro, on craint déjà une offensive en règle contre la Catalogne, qui n’a pas encore commencé. Il y a même moins de bombardements. Jusqu’à quand ?

Dans le stade, près d’un millier de réfugiés, dont beaucoup viennent d’Andalousie, survivent. Dans une situation précaire, leur proximité avec le château et ses défenses antiaériennes leur a permis jusqu’à présent d’échapper aux bombardements. Ils sont là depuis des mois, certains depuis un an et demi.

À la vue d’une voiture d’aviation — celle utilisée pour le tournage —, il y a une certaine agitation. Du tourbillon d’enfants qui courent et de femmes qui tentent de les protéger, émergent deux hommes d’âge moyen, tous deux coiffés d’une casquette, vêtus d’une veste et d’un gilet, plutôt de petite taille. Aub devine immédiatement qu’ils sont en quelque sorte les chefs du groupe. Le plus déterminé, une cigarette au coin de la bouche gauche, se plante devant lui :

— Que veux-tu, camarade ?

Son ton n’est pas agressif, mais pas amical non plus. Son statut l’oblige à adopter un air de formalité que Max juge déplacé. Les choses ne commencent pas bien.

— Cela fait déjà quelques mois que nous sommes avec un groupe de Français et d’acteurs espagnols en train de tourner un film dans le palais de la Chimie, qui est maintenant les studios Orphea.

— Et un commissariat du SIM. Nous le savons.

— Je me demandais si quelqu’un de votre groupe voudrait participer au tournage d’une séquence. C’est facile.

Le silence attentif des deux Andalous l’oblige à préciser un peu les choses.

— À ceux qui participeraient, vous deux par exemple[x] , nous donnerions des bons pour de la nourriture, des cigarettes et, si nécessaire, du lait pour les enfants.

Les deux se regardent. Ils ne sont pas tout à fait convaincus.

— Où devrions-nous aller ? Certainement pas au SIM.

— Ne vous inquiétez pas, ce n’est pas si grave, vous êtes couverts par le gouvernement de la République. Ce film est très important pour eux. Il sera projeté dans toute l’Europe et même aux États-Unis.

— Mais où allez-vous le faire ?

— Peut-être dans un bâtiment du Pueblo Español — Max regarde autour de lui —, ou peut-être même ici même. Nous en discuterons. Bien sûr, nous ne ferons rien sans votre consentement. Si vous me le permettez, j’aimerais jeter un œil pour voir s’il y a un endroit approprié, ce qui est sûrement le cas.

Accompagné des deux chefs, à qui il a déjà donné deux paquets de tabac, il parcourt les arcades. Oui, ce pourrait être un bon endroit pour filmer la collecte des récipients que González remplira de dynamite. À défaut d’une cloche… Je suis sûr que la plupart sont utilisés quotidiennement ici, les accessoiristes n’auront pas beaucoup d’efforts à faire. Ils conviennent qu’il leur dira quelque chose. En sortant, il prend congé avec une accolade et deux paquets de tabac supplémentaires.

Au château, l’accueil est encore plus froid. Les militaires s’inquiètent pour leur avenir personnel. Que peuvent-ils faire au château si les troupes rebelles encerclent Barcelone ? L’ancien responsable, le capitaine Julio Salvador[xi] , qui leur avait rendu visite à Orphea quelques semaines auparavant, se proposant pour tout ce qu’ils voulaient, n’est plus là, il a été transféré à l’aérodrome d’Els Monjos. Son remplaçant n’est pas aussi aimable. Rien n’indique qu’une quelconque résistance se prépare.

Josefa Riera. UR. photo de Max Aub (IVC).

À El Prat, il a salué de vieilles connaissances, rencontrées au début du tournage lorsqu’il prenait des photos de figurants potentiels, dont certains ont déjà participé à certaines prises, comme celle des funérailles de Marcelino Rivelli[xii] . Pour l’instant, il a dégusté avec délectation une cuisse de poulet cuite avec des pommes de terre. Puis, à l’Unió de Rabassaires, il trouve une salle idéale pour tourner la rencontre du commandant avec les responsables du village à qui il demandera des voitures. Le soir, il en informe Malraux :

— Ne vous inquiétez pas pour les extérieurs. Ni pour les figurants, d’après ce que j’ai vu. En plus d’El Prat, le stade peut être une source inépuisable.

— N’en parlons plus. Tournons dès maintenant une rencontre entre Santpere et les villages. Demain ou après-demain au plus tard. Prenez aussi quelqu’un du syndicat pour jouer le rôle du président du comité local. Noël approche et, même s’ils sont athées, ils trouveront sûrement des excuses pour ne pas venir. Faisons-le cette semaine. Et la semaine prochaine, les accessoires de dynamite. Merci, Max. Je ne sais pas ce que je ferais sans vous.

Il boit le reste d’armagnac qui reste dans son verre et sourit affectueusement. Il est rare que le Français se montre aussi aimable.

Sa gentillesse se transforme en désarroi lorsqu’il monte dans sa chambre et trouve Josette en larmes. Elle a dû renoncer à se rendre au concert auquel elle avait été invitée. Il avait déjà prévu que Suzanne lui achèterait une robe Lanvin en taffetas noir pour assister, comme elle l’a dit textuellement[xiii] : à des réceptions capitalistes, pour danser, être somptueusement frivole, musique, art et compliments ! Mais tout est tombé à l’eau. Il la serre dans ses bras.

— Je te promets que nous irons à Paris. Nous n’achèterons peut-être pas la robe, mais nous verrons nos amis : Suzanne, les Tual, Corniglion… J’ai beaucoup de choses à raconter.

Il évite de lui dire qu’il est conscient de la situation et que de nombreuses séquences seront perdues ou devront être tournées, si possible, à Paris. Quoi qu’il en soit, il doit prévenir Roland Tual pour les studios Pathé et Corniglion, qui, il le sait, refusera mais finira par céder, pour la question financière. Il la dépose sur le lit et la couvre délicatement en l’embrassant sur le front.

— Et maintenant, dormez tranquillement. Nous partirons, ma chérie, nous partirons dans quelques jours. Mais pour l’instant, reposez-vous.

EN SAVOIR + :

¡Oh, es él! (Les meneurs retrouvés sur une photographie de l’époque. En espagnol.)

 

 

NOTES:

[i] GONZÁLEZ-TABLAS SASTRE, j. (2016). Dos sombras y una guerra. Page 114. Severiano Andrés Mejuto apparaît comme capitaine de la 3e section de l’état-major de la 72e division.

[ii] GERHARD, Carles (1982) Comissari de la Generalitat a Montserrat (1936-1939). Montserrat, PAM. Page 861.

[iii] CHANTAL (1976) : 120.

4.5.2.

[iv] La véritable histoire du tournage de Sierra de Teruel : 4.1.6.

[v] La Vanguardia, 9.12.1938 P. 1.

[vi] La Vanguardia, 8 décembre 1938, p. 1

[vii] Elvira le raconte dans le documentaire : Sept mois de tournage (TV3-Tarasca 2004) : https://www.visorhistoria.com/anexos/videos/

4.5.3.

[viii] À l’écran, le commandant Peña raye le nom de Torás après avoir quitté l’interview.

[ix] La Vanguardia, 20 décembre 1938. Page 2 : Jour 18, L’activité opérationnelle enregistrée sur les différents fronts n’a pas eu d’importance. Jour 19, Aucun événement important à signaler sur les différents fronts

[x] https://www.visorhistoria.com/secuencia-xiv-1-oh-es-el/

[xi] GESALÍ, David et ÍÑIGUEZ, David (2012). La guerra aèria a Catalunya (1936-1939). Barcelone, Rafael Dalmau éditeur. Page 447.

[xii] https://www.visorhistoria.com/rodando-en-estudio-agosto-1938/

[xiii] CHANTAL (1976) : 120.

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