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Une escapade à Paris.

Publicada el 6 mayo, 202613 mayo, 2026

(Châpitre 4.6.1. de «La véritable histoire du tournage de Sierra de Teruel«)

Suzanne les attendait à l’aéroport. La vue du couple descendant de l’avion l’horrifia. Peut-être à cause du mauvais temps, peut-être à cause de la longue escale à Toulouse, mais leur apparence était déplorable. Elle écrira dans son livre[i] : « Josette a une mine épouvantable, ses beaux cheveux tombent à poignées. Elle ne s’intéresse qu’à rassembler et à ramener des provisions : des sacs de pommes de terre, du riz,

Suzanne et Josette (Chantal, 1976)

des nouilles, des bidons d’huile. Il y a en elle une sorte de fixation farouche : tenir à tout prix. ».

Il l’invite à sortir se promener, à aller chez Lanvin ou dans d’autres boutiques du Faubourg Saint-Honoré ou de l’avenue Montaigne, mais elle refuse. À quoi bon emporter des robes ou des manteaux, dans le Barcelone du début de 1939, plus personne ne se soucie de la mode. Elle ne fera qu’une seule exception : un aller-retour dans la journée à Beaune pour voir ses parents. Malraux ne l’accompagne pas car il n’est pas bien vu des parents de sa compagne, qui savent qu’il est encore marié.

André, quant à lui, va voir les Tual[ii] . Même si le mot d’ordre est de résister malgré tout, personne n’ignore que la chute de la Catalogne n’est qu’une question de jours, voire de semaines au maximum. Il déjeune avec Denise et Roland, avec qui il se rend ensuite aux studios Pathé de Joinville-le-Pont. Oui, la maquette d’avion pourrait être installée ici.

Ils auront besoin de cameraman, à moins que Thomas ne soit disponible. Mais pour l’instant, ils ne l’ont pas localisé. Cependant, André n’a pas l’intention d’encourager Berenguer à prendre les risques de l’exil uniquement pour le bien du film. Et il faudra aussi des machinistes, quelqu’un pour les accessoires… Malraux leur dit qu’il n’a pas pu trouver les partitions du Requiem de Gossec, qui était sa priorité[iii] , ce à quoi Denise a proposé de contacter Darius Milhaud[iv] qui pourrait composer une musique ad hoc pour le film.

Le lendemain, il rend visite à son ami, le pilote et militaire Édouard Corniglion-Molinier, qui a déjà tant fait pour le film. Il lui dit qu’il a environ les deux tiers du métrage, qu’il devra peut-être se passer de certaines séquences — en particulier celles qui nécessitent du matériel militaire —, mais qu’il espère pouvoir le monter à Paris. Il lui demande de commencer à réfléchir à un bon monteur. André veut que le film soit prêt à être projeté avant la fin de la guerre. Même si la Catalogne tombe — ce qui reste à voir —, il reste un quart de million de soldats de l’Armée de l’Est qui, après la débâcle de l’Ebro, peuvent encore offrir une forte résistance. Et dans le pire des cas, il restera toujours Madrid, Valence… Il est encore utile, voire indispensable, de pouvoir diffuser le film dans le monde entier.

Roland Tual chez Pathé (Tual (1980), 156)

Corniglion sollicite la monteuse Marthe Poncin, qui a fait du bon travail sur Drôle de drame, mais elle est engagée pour le montage d’un film de Georges Lacombe (Derrière la façade, 1939) et ne pourra accepter une autre commande avant juin au moins. Finalement, c’est Tual qui lui recommandera George Grace[v] , ancien compagnon de Suzanne Chantal, disponible, qui a été monteur de Capitain Zyngare (Edmond T. Gréville, 1937). Il le connaît et sait qu’il s’adaptera au contrôle strict auquel Malraux le soumettra, trait typique d’un écrivain devenu cinéaste. Il le lui a dit pendant qu’ils visionnent les séquences déjà développées, qu’il a pris la précaution d’apporter d’Espagne, où elles sont de moins en moins en sécurité.

Denise Tual, qui les accompagne[vi] , raconte : « Dans l’obscurité, nous percevons sa nervosité accrue. Il remue, fume davantage, tousse et s’ébroue. Il a des brusques mouvements d’impatience et d’impuissance lorsqu’une image est interrompue par une fin de bobine ou abîmée par une rayure qui la rend inutilisable […] Lorsque la lumière revient, il dit simplement : « Il n’existe que le tiers de ce dont j’ai besoin » ».

Il est impatient de revenir.  Le tournage doit continuer, malgré les bombardements qui ravagent Barcelone. Il en veut plus, toujours plus… Josette, à contrecœur, le suivra. La voyant si déprimée, ils conviennent que Suzanne la rejoindra dès qu’elle le pourra. Ils prendront le train pour Perpignan, puis la voiture jusqu’à Barcelone. Leur ami Raymond Valière aura préparé un colis de mets raffinés[vii] auquel leur amie ajoutera également des friandises, et qu’ils recevront par avion quelques jours après leur arrivée dans la capitale catalane.

EN SAVOIR + :

Entretien avec Marie-Chantal dos Santos.

Un article intéressant mutilé (Suzanne Chantal)

NOTES:

[i] CHANTAL (1976) : Le coeur battant. Paris, Grasset¬Fasquelle. Page 117.

[ii] TUAL, Denise (1980) Le temps dévoré. Paris, Fayard. Page 152.

[iii] MARION (1996) : 126

[iv] TUAL (1980) : 154.

[v] https://www.imdb.com/fr/name/nm0333346/

[vi] TUAL, Denise. 152.

[vii] CHANTAL (1976) : 117

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